![]() |
| Paris le mardi 04 septembre 2007
Lettre aux éducateurs : La pommade et la saignée En s’adressant, ce jour, par un fascicule de 30 pages, à tous les « éducateurs » – le choix du terme est loin d’être innocent – le Président de la République poursuit son cavalier seul à la direction du pays. Le texte cherche manifestement à s’écarter de la banalité des messages de rentrée précédents, et entend s’inscrire dans la continuité de grands textes de l’humanisme éducatif Français. La communication présidentielle continue ici à cultiver l’ambiguïté : discours lénifiant en direction des enseignants, critique des politiques menées antérieurement, coups de griffes mesurés ici aux « pédagogues », là aux « républicains », affirmation d’objectifs généreux et ambitieux, qui peuvent rencontrer l’assentiment des enseignants, des éducateurs, de l’opinion publique. Mais comment ne pas pointer ce qui est absent du discours ? Le contexte social, tout d’abord : à aucun moment, la dégradation des conditions de vie de nombreuses familles n’est évoquée comme cause importante de l’échec scolaire qui « a atteint des niveaux qui ne sont pas acceptables ». Rien sur la violence sociale, la pauvreté qui croît, le chômage, les ghettos urbains, … Autre absence, l’importance du collectif : cet échec est individualisé, renvoyé à la responsabilité de chacun, élève, parent, enseignant, à une soi-disant irresponsabilité des méthodes, incapables de « développer la forme d’intelligence de chaque enfant ». Enfin, est de fait absent l’ensemble des personnels qui forment avec les enseignants les équipes pluri professionnelles et concourent tous à la réussite des jeunes (infirmières, assistantes sociales, personnels de vie scolaire, Co-psy, etc.). Seraient-ils destinés à disparaître et entend-on faire assurer leurs tâches aux enseignants, qui n’en ont nullement les qualifications. Certes le texte dresse le portrait d’une école ambitieuse, école de l’acquisition d’une culture commune, de valeurs, école de l’exigence et du respect mutuel, école de l’activité intellectuelle et physique. Certes, les enseignants sont loués, mais que propose au final le « chef du gouvernement » ? Une liberté pédagogique qui est aussi une obligation de résultats sans aide nouvelle, une autonomie renforcée des établissements, mais surtout, une école où il y aura moins d’heures de cours et moins de professeurs. Ainsi donc, la discrimination sociale, corollaire bien connu du « moins d’école », va se renforcer. Ainsi donc, les enseignants moins nombreux devront faire plus et mieux, pour peut-être gagner plus. A moins que les solutions soient recherchées hors du service public d’éducation, et donc dans un contexte périscolaire forcément inégalitaire, en terme d’offre et de structures. Ambition éducative ou dogme de la rigueur imposée à l’éducation ? Qui peut encore croire que ce Président, et donc sa majorité, n’ont pas choisi ? On voit clairement quelle rupture se profile. L’exemple du « plus de sport » est clair : L’idée parait séduisante, mais c’est un sport sans connaissances propres, sans apprentissages spécifiques, un sport « mode de vie », un sport porteur de valeurs supposées, pas un temps d’enseignement (EPS) supplémentaire, mais un sport qui « donne à nos enfants le temps de vivre, de respirer, d’assimiler ce qui leur est enseigné ». Le projet pourrait se traduire par moins d’EPS, moins d’enseignants, au profit, pour certains élèves seulement, d’une animation sportive périscolaire. Le SNEP ne l’acceptera pas.
Copyright © 2007 SNEP. Tous droits réservés |