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Paris, le 31 janvier 2002

Monsieur Jack LANG 
Ministre de l'Education Nationale
110, rue de Grenelle
75007 PARIS

Monsieur le Ministre,
C'est aujourd'hui au nom de la Fédération Syndicale Unitaire et tout particulièrement du SNEP, du SNES et du SNUEP que je me permets d'attirer votre attention sur les questions du sport scolaire dans les établissements du second degré, des associations sportives scolaires et de l'organisme national qui les fédère : l'UNSS.

Je voudrais tout d'abord insister sur l'originalité de ce dispositif dans le concert éducatif international et sur l'intérêt qu'il suscite, pour ne prendre que cette dimension, dans l'espace pédagogique européen. 

L'enseignement secondaire français s'est donc doté depuis plus d'un demi-siècle sans discontinuité de structures prolongeant l'enseignement obligatoire de l'EPS. Elles constituent pour le législateur un véritable service public de la pratique volontaire des activités physiques et sportives dans les collèges et les lycées. Pour des raisons éducatives, bien compréhensibles, il a pris la forme associative.

Créée par la loi, fondée sur des décrets visés en Conseil d'Etat, l'organisation actuelle du sport scolaire ne peut souffrir d'aucun procès en illégitimité juridique. Si le mode de fonctionnement, inscrit dans la réglementation actuelle, expose formellement les fonctionnaires, qui participent dans le cadre de leurs missions à l'animation du sport scolaire, à un risque pénal, ce dernier ne pourrait se concrétiser dans des poursuites qu'en cas d'abus de pouvoir de ceux-ci. Depuis que le sport scolaire existe, aucun fonctionnaire impliqué dans son organisation, n'a été poursuivi devant un Tribunal pour une quelconque prise illégale d'intérêt ou gestion de fait, aucune Cour des Comptes n'a contesté sa gestion financière.

Le sport scolaire c'est aujourd'hui près d'un million d'élèves qui, dans le contexte éducatif et social que l'on connaît, pratiquent volontairement chaque semaine et particulièrement le mercredi, s'engagent délibérément dans un projet sportif personnel et collectif. La plupart de ces jeunes n'iraient pas ailleurs, tout simplement parce qu'ils n'y sont pas attendus et que le " marché " du sport n'est pas conçu pour les y accueillir.

L'UNSS est toujours la première fédération sportive nationale féminine, à un moment où le problème de l'égalité concrète de droits pour les femmes se pose avec une telle acuité dans notre société.

L'UNSS, les associations sportives locales, ce sont aussi des pratiques innovantes, un espace d'émergence de formes nouvelles d'activités physiques, des valeurs, une attitude critique à l'égard de certaines déviances du sport contemporain (violence, tricherie, mercantilisation, culte de la vedette, médiatisation), la formation de milliers de jeunes arbitres et juges capables de gérer jusqu'au plus haut niveau les rencontres scolaires.

Le sport scolaire c'est enfin l'apprentissage du respect de soi et des autres, de l'intégrité de son propre corps, du corps des autres. Le sport scolaire c'est l'Ecole de la citoyenneté sportive. S'il est aujourd'hui fragilisé par le contexte général dans lequel il évolue, par les problèmes lourds et complexes qui taraudent tous les dispositifs éducatifs dans et hors l'école, il reste un acquis pour les lycées et les collèges.

C'est parce qu'il sait que ces aspects positifs et très largement sous-estimés aujourd'hui par le Ministère de l'Education nationale ne doivent pas conduire à ignorer certaines de ses faiblesses ou dysfonctionnements, que le SNEP demandait, depuis près de 4 ans, la tenue d'Assises du sport scolaire.

Vous êtes le Ministre qui a choisi cette voie pour relancer le sport scolaire. Le SNEP avec la FSU a soutenu cette initiative et a permis qu'une consultation, certes insuffisante dans sa conception, soit malgré tout une réussite. Elle a démontré que l'attachement au sport scolaire restait très fort dans le milieu. L'Inspecteur Général Leblanc, a dans son rapport, pour une part, détourné le sens du résultat de cette dernière. 

Il a choisi, sans que les associations sportives scolaires et leurs animateurs n'aient été interrogés sur ce point, de faire de la transformation structurelle de l'UNSS, du retrait des chefs d'établissement de la présidence de l'association sportive dont la création est obligatoire, le cœur de son projet de réforme. Il semble avoir trouvé, au moins sur la question de la présidence de l'AS, un soutien actif de certains chefs d'établissement. Posture étonnante, quand on sait le rôle important que ces derniers peuvent jouer dans la vie de l'association sportive et du sport scolaire. Attitude surprenante au moment où ceux-ci semblent accepter un élargissement de leurs missions et seraient sur le point de se voir confier des responsabilités financières nouvelles porteuses de risque.

Le sport scolaire vit globalement bien dans les collèges : le nombre de licenciés y progresse encore cette année. Dans les lycées et particulièrement dans les lycées professionnels, la situation est plus contrastée. Des lycées, des lycées professionnels font preuve d'un formidable dynamisme, d'autres souffrent et peinent à relancer les associations sportives. Le rapport n'a pas fait l'effort de décrire ces réalités, il s'est encore moins attaché à les comprendre et l'on voit mal comment la réforme structurelle annoncée apporterait des réponses aux difficultés repérées. Des lycéens et particulièrement ceux des LP semblent se détourner des associations sportives. C'est dans les établissements et dans les académies difficiles que le phénomène est le plus important : qui s'en étonnerait ?

Aux problèmes du temps scolaire quotidien et hebdomadaire posés dans tous les établissements scolaires du second cycle du secondaire, s'ajoute celui très prégnant du travail rémunéré dans lequel de nombreux élèves de ces établissements sont engagés. 

On voit d'ailleurs très mal comment le rapport Leblanc et sa logique comptable n'induiraient pas à court terme la mise en cause du sport scolaire dans ce type d'établissement. Cela irait même à l'encontre de l'idée de " discrimination positive ".

Les associations sportives des lycées et des collèges connaissent en général un manque d'engagement des élèves dans la vie associative, un déficit dans le fonctionnement normal des instances statutaires. Sur ce point, nous faisons le même constat que le rapporteur, l'organisation de l'association sportive doit y remédier et les adultes doivent permettre et favoriser cet apprentissage. Dans le même temps, il nous faut dire avec conviction que la citoyenneté sportive que vise le sport scolaire ne peut se réduire à cet aspect. Le sport scolaire, c'est avant tout la possibilité offerte à chaque élève, de s'investir dans un projet personnel et collectif de pratique et de développement, dans une aventure sportive adaptée aux goûts, aux pouvoirs et aux attentes de chacun, dans une véritable éducation sportive. Il n'est pas sûr qu'à nouveau sur ce terrain, la solution souhaitable soit de nature exclusivement structurelle. Le non-engagement actuel des lycéens dans la vie lycéenne devrait nous alerter sur les difficultés qu'il y a aujourd'hui à construire chez eux un rapport positif à l'institution scolaire, aux adultes, aux organismes représentatifs.

Depuis trop longtemps, les ministres de tutelle, les administrations centrales concernées, les recteurs, les inspecteurs d'académie, les corps d'inspection et trop de chefs d'établissement se sont désintéressés du sport scolaire. Cela n'a pas été sans conséquence sur les professeurs d'EPS gagnés aussi, pour certains, par le doute sur le sens de la mission qui leur est confiée.

Le SNEP, le SNES, le SNUEP, la FSU vous engagent à relever le défi du sport scolaire. C'est un acquis de l'Ecole française qu'il faut défendre, promouvoir. Vous êtes son Président, vous devez le rester et animer cette rénovation dans le cadre d'un véritable dialogue social.

Le sport scolaire a une histoire, des acquis. Son évolution et son amélioration doivent s'inscrire dans la continuité et non dans la rupture. Les professeurs d'EPS attendent un signal fort de votre part. Ils sont prêts. Le SNEP vous a fait 30 propositions pour relancer le sport scolaire. Le rapport Leblanc en contient d'autres qui font l'accord. Vous devez choisir très vite les voies qui rassemblent et non celles qui divisent.

La FSU vous demande de bien vouloir la recevoir dans les plus brefs délais.

Veuillez croire, Monsieur le Ministre, à l'expression de nos sentiments respectueux.

Gérard Aschieri
Secrétaire Général