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U comme...

Universel

La notion d’universel, d’après le dictionnaire Larousse, renvoie à « ce qui s’étend à l’univers entier », « qui embrasse la totalité des êtres et des choses ». Appliquée aux débats autour de l’égalité entre les sexes, il est question d’une revendication à des droits égaux entre les hommes et les femmes, il est question d’une revendication dans les valeurs universelles des droits de l’Homme. Se réclamer d’une posture universaliste, c’est alors faire valoir l’injonction portée par la Déclaration Universelle des droits de l’homme de 1948 pour que l’universalité et indivisibilité du droit et de la justice deviennent une REALITE pour tous les êtres humains1… ce qui n’est encore le cas, ni à l’échelle nationale, ni à l’échelle internationale. De façon générale, on peut dire que les lois relatives au droit de vote et d’éligibilité, à la libre disposition de son corps, à la réforme des régimes matrimoniaux, à l’égalité salariale et professionnelle, relèvent de cette dynamique universaliste. Dans le champ sportif, cela se traduit, par exemple, par la mise en place de la mixité en EPS, au cours des années 1980-1990, dont le but était de rompre avec les pratiques séparatistes et différenciantes d’antan, ou par la loi Avice du 16 juillet 1984 proclamant que les activités physiques et sportives sont  « d'intérêt général et leur pratique constitue un droit pour chacun quels que soient son sexe, son âge, sa capacité ou sa condition sociale »2. Ces réformes ont, à n’en pas douter, contribué à la progression des femmes dans les activités sportives, notamment en mettant fin aux interdictions d’accès pratiquées par certaines institutions, dont le CIO, à l’égard des femmes (la Fédération Française d’Haltérophilie en 1984, la Fédération Française de Rugby en 1989 et la Fédération Française de Boxe en 1997, voir aussi l’évolution des épreuves aux JO). Ces réformes ne sont néanmoins pas abouties car les sportives restent, en 2015, confrontées à de nombreuses inégalités de traitement et de reconnaissance observables, entre autres, par leur sous-représentation dans les gouvernances et les métiers du sport, par la sous-valorisation médiatique et financière de leur capital sportif, par des conditions d’entraînement ou de reconversion moins favorables, par le maintien d’obligations corporelles (la féminité) fortement structurantes de leur investissement dans les pratiques, etc. Se réclamer d’une posture universaliste, (souvent incarnée par la figure tutélaire de Simone de Beauvoir), c’est se projeter, sur le plan du droit, au-delà des identités et des groupes, en faveur d’un individu abstrait, neutre, hors corporéité. Sur ce point achoppe l’unicité des revendications et se développe plusieurs critiques. Qui sera le « nous » que recouvre l’universel ? Comment éviter le risque d’uniformisation autour d’une référence forcément normative ? Quelle place donner aux identités de groupe dont découlent les discriminations sans entraver la pleine expression de chaque individualité ? Demander l’inclusion des femmes dans l’universel implique un travail critique de définition qui rend la notion par essence instable3.

Cécile Ottogalli


1 Cf. Loi n° 2014-873 du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes.

2 Article 1 de la loi du 16 juillet 1984 relative à l’organisation et à la promotion des activités physiques et sportives. Souligné par moi-même. Cette même loi rend aussi possible des postes « femmes » au sein des comités directeurs des fédérations.

3 Tissot, Damien, Féminisme et universalisme, Vers une définition commune de la justice, Thèse de doctorat en études de genre, mention philosophie,Paris 8, 2013. HAL Id: tel-00974803 https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00974803, consulté le 3 mars 2015. Voir aussi l’ouvrage de Joan Scott, La citoyenne paradoxale : les féministes françaises et les droits de l’homme, Paris, Albin Michel, 1998 ou celui de Christine Delphy, Un universalisme si particulier, Féminisme et exception française 1980-2010, Nouvelles questions féministes, 2010.

 

 

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