|

S comme...

Stéréotypes

Les filles n’aiment pas le sport ! Les filles n’aiment pas la compétition ! Les filles n’aiment pas le foot ! Les garçons n’aiment pas les activités artistiques ! Les sportifs sont meilleurs que les sportives ! Les femmes viennent de vénus et les hommes de mars !

Chacune de ces affirmations péremptoires constitue un stéréotype, c’est à dire « un ensemble de croyances socialement partagées concernant des traits caractéristiques des membres d’une catégorie sociale ». Les stéréotypes de sexe renvoient donc à une vision réductrice des femmes ou des hommes à partir de traits isolés d’une réalité toujours plus complexe et diverse qu’il n’y paraît. Sans rentrer dans le détail argumenté de chacune des assertions précédentes, si les filles n’aiment pas le foot, pourquoi sont-elles alors bien plus nombreuses à se licencier à la Fédération Française de Football (96 304) plutôt qu’à la Fédération Française de Volley (46 657), qu’à la Fédération Française de Ski (51 835) ou qu’à la Fédération Française de Danse (72 818) ? Si les filles n’aiment pas la compétition, pourquoi sont-elles plus nombreuses à être licenciées dans des fédérations olympiques (2,6 millions) que dans des fédérations non olympiques (631 122) ou multisports (2,4 millions) ? Si les filles n’aiment pas le sport pourquoi leur progression dans la pratique des APS est deux fois plus forte que celle des garçons en dix ans 1 ? On le voit, les croyances à l’œuvre dans les stéréotypes sont largement discutables, pourtant elles sont rarement discutées et fonctionnent, chez certain-e-s, comme des « évidences », si fortement intériorisées qu’elles peuvent prendre un caractère quasi naturel ! Le stéréotype se caractérise alors par sa rigidité, sa stabilité alors même que les comportements en matière de pratiques sportives (taux d’engagement, modalités de pratique, règlement, performances) font l’objet d’une forte variabilité dans le temps et dans l’espace. Faut-il rappeler que la gymnastique était au tournant du 20ème siècle investie majoritairement par des hommes dans l’optique d’une préparation virile et patriotique alors que son effectif est actuellement composée à plus de 80% de femmes ! Faut-il rappeler que le football est majoritairement investi par les femmes aux Etats-Unis alors qu’il incarne les clichés de la virilité en Europe ! Les stéréotypes fonctionnent comme des « clichés » d’un temps ou d’une société où la catégorie l’emporte sur l’individu, où l’uniformité l’emporte sur la diversité, où la hiérarchie l’emporte sur l’égalité. Ils se transmettent de génération en génération, en faisant abstraction des mutations sociales et culturelles qui devraient pouvoir les contredire, en faisant abstraction de leurs coûts dévastateurs auprès de celles-ceux qui ne s’y reconnaissent pas. Ils entretiennent les amalgames entre le sexe (femme ou homme), les attendus normatifs à l’égard d’un sexe (féminité/masculinité) et la sexualité (homo ou hétérosexualité) alors que ces 3 notions ne se confondent pas. Du fait de leur caractère simplificateur, ils empêchent de penser les processus de socialisation sous-jacents au trait isolé. Ils empêchent de voir ce qui, hier et aujourd’hui, a fait et fait toujours obstacle à l’engagement sportif des femmes (ou des hommes dans les activités dites féminines). Ils empêchent de voir les inégalités, les stratifications sociales sous-jacentes, les rapports de domination, etc.

Il y a urgence à participer à la déconstruction de ces clichés réducteurs et dévastateurs.

Cécile Ottogalli

1Entre 2000 et 2010, la part des femmes déclarant la pratique d’une APS est passée de 76% à 87% contre 86% à 91% chez les hommes. Cf. Chiffres clés de la féminisation du sport en France 2012-2013.

 

 

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z