|

J comme...

J.O.

Les femmes ont lutté pendant plus d’un siècle pour accéder à toutes les épreuves olympiques. Outre son racisme, le baron jugeait « impratique, inintéressante, inesthétique, et ne craignait pas d’ajouter : incorrecte » la présence des sportives aux jeux olympiques. Depuis, elles ont fait leur preuve (et leurs luttes) et en 2012 à Londres, aucune délégation n’était non mixte. Mieux, toutes les disciplines leur étaient ouvertes (mais pas toutes les épreuves). Pour autant les JO de Londres ont marqué les esprits par la capitulation du CIO concernant le respect de la charte qui annonce « La neutralité du sport Aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique » (chapitre5, règle 50.3). En autorisant pour la première fois le port du voile pour une femme musulmane, le CIO a cédé au chantage. Ci-dessous le texte que nous avions alors fait paraitre dans la presse…

Un voile sur les Jeux : quel avenir pour les femmes ?
 « Dans votre article paru le 2 août, vous jugez positif la présence des femmes dans toutes les délégations1.

Une première appréciation serait de considérer ce fait positif …. Question de bon sens ? Mais est-on sûr-e-s que cela soit une avancée pour l’égalité ? Où placer le curseur de l’émancipation ?

Le sport n’est pas émancipateur par «nature». Les conditions de la pratique participent à la construction de la liberté et de l’égalité… Avoir une délégation composée de femmes et d’hommes, s’il en est une condition possible, ne permet pas de décréter de facto l’égalité, comme le prouvent les places d’avion différenciées entre les femmes et les hommes de certaines délégations (pas n’importe quels pays, tout de même !)

La concession faite par le CIO et autres (la FIFA), sous couvert d’une vision compassionnelle de la situation de ces femmes, comporte plutôt les germes d’une nouvelles régression. Le port du voile est une domination imposée aux femmes. Cette interdiction en appelle toujours d’autres, comme on le constate avec cette judokate qui ne peut ni se dévoiler, ni circuler librement, ni décider par elle-même de qui elle peut rencontrer. Il ne s’agit pas que du voile. Une tête voilée c’est aussi le reste du corps qui est nié ! Comment dans ces conditions pratiquer des activités telles la gymnastique, la GRS, la natation ? Le short, le maillot de bain, le justaucorps deviendraient ainsi des instruments d’aliénation ? Et que faire de la nécessaire rencontre, du spectacle, de la fête sportive si celle-ci ne se laisse dévoiler ? La soi-disant « différence des sexes» prend ici tout son sens discriminatoire !

Avec de nombreuses associations, le SNEP-FSU, principal syndicat des enseignant-e-s d’éducation physique et sportive, était présent à Londres pour dire que l’égalité sportive reste un combat, que c’est une régression pour les femmes à accepter cette situation qui les mène dans une impasse. Nous avons initié « l’appel des femmes » dans lequel nous proposons que quel que soit le développement des sociétés, les femmes participent à ce large mouvement. Le sport reste une arme pour dépasser la partition des rôles de sexe, les stéréotypes, les inégalités. Il n’est pas tolérable que pour des raisons politiques, économiques, religieuses, sociales ou morales, les femmes subissent à nouveau un ostracisme concernant leurs choix sportifs.

La liberté n’est pas au bout de ce chemin… l’égalité encore moins ! Le paradoxe entre l’hyper sexualisation et/ou l’entrave des corps n’est qu’apparent. Les deux côtés de la même médaille font que ce sont toujours les femmes qui paient la facture !

Le courage n’est pas du côté des instances sportives dirigeantes. Il est du côté des femmes comme Boulmerka et El Motawakil qui ont affronté les interdits et les prescriptions en courant tête nue et en short ouvrant ainsi la voie à d’autres modalités de pratiques.

L’acceptation du port du voile est une capitulation de la part du CIO. Elle pèsera longtemps sur l’accès des femmes à la totalité des activités en toute indépendance et dont la liberté vestimentaire est un symbole particulièrement significatif de l’émancipation.»

Nina Charlier


1L ’Humanité du 2 aout 2012

 

 

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z