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G comme...

« (Sale) Gween »

Lundi matin, 8h00 au gymnase.
Mes élèves de 3èmes se changent, puis, comme d'habitude, viennent s'asseoir devant le tableau.
Moi, en prof d'EPS très bien organisée,  je cherche les fiches que j'ai bien dû poser quelque part dans ce bureau.
Et là, j'entends des rigolades, des élèves qui crient des trucs bizarres que, d'où je suis, j'ai du mal à comprendre. Je sors donc, avec mes yeux de « je suis pas contente », et je commence à hausser un peu la voix pour faire diminuer le volume sonore général.
D'habitude, ça marche.
Mais là, pas du tout.
J'arrive devant le tableau, et là je lis..... « Madame Motta Sale Gween ».
Ok.
Je sens mon coeur qui se met à vouloir violemment sortir de ma poitrine, mes joues qui se colorent joliment en rouge foncé.
Ça, c'est la première seconde.
A la deuxième, je me demande comment il faut que je réagisse.
Sans plus réfléchir, j'ai juste dit «  Ce n’est pas comme ça que ça s'écrit Gween. Quelqu'un a-t-il quelque chose d'intéressant à rajouter ? »
Et puis on est passé à autre chose. Enfin, eux ils sont passés à autre chose. Moi, j'ai refait la scène 1200 fois dans ma tête.
Quand je l'ai dit et que j'ai vu leur réaction, je savais que c'était plutôt pas mal joué.
Ils savent que je suis lesbienne, parce que je n'ai jamais dit le contraire et que je ne me cache pas. Je ne  peux donc pas m'énerver sur le fond du message. Je ne vais pas m'excuser non plus.
Quoi alors ? Me battre pour retrouver qui avait écrit ça et lui offrir une leçon d'éducation civique associée à une journée d'exclusion ? Impossible, le gymnase est aussi occupé par le club de basket et cette déclaration a très bien pu être écrite le vendredi soir.
Au final… je n'en ai plus entendu parler.

Je me dis que j'ai eu de la chance.
Celle d'avoir trouvé les bons mots au bon moment, comme un réflexe de survie. Mais si ça n'avait pas été le cas ?
Celle de très bien vivre mon homosexualité. Cela me permet de me mettre de la distance, et relativiser rapidement. Ce n'est pas moi qui étais visée de manière personnelle, mais mon statut de prof, d'adulte, face à des ados qui se cherchent. Mais si ça n'avait pas été le cas ? Comment aurais-je digéré la violence de ces propos ?
Les « sale pute », « salope » et autres « sale chienne » émaillent parfois les murs de nos cours de récréation, associées à un nom de professeur, de CPE, des femmes dans la plupart des cas. (Je doute que ça ne soit lié qu'au fait que nous sommes en plus grand nombre dans l'Education nationale). Mais souvent ces messages ne sont pas destinés à être lus en direct par la personne concernée.
Ici, ils voulaient voir ma réaction. Me tester. Me regarder gérer cette situation-problème.
J'ai repris plus tard avec eux un travail sur les discriminations, en insistant sur celle liée à l'orientation sexuelle.
On en a déduit que l'excuse « j'ai dit ça pour rigoler » n'est valable que si la personne à qui est destinée « la blague » est certaine à 100% que l'auteur est bienveillant. Un ami par exemple.
Si ça avait été le cas ici, j'aurais eu envie de répondre « ah... gouine oui, mais sale, non ! »

Annabelle Motta

 

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G comme...

Genre

N'en déplaise aux rétrogrades de tous bords, le genre est un outil conceptuel bien commode pour expliquer la sociologie des sexes. Celles et ceux (plus nombreux) le contestent parce qu'elles/ils savent que ça existe mais ne veulent pas que ça change ! Loïc Szerdahelyi nous en fait ici la démonstration.

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