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Le 02 février 2011

Equipements sportifs des collèges, le Conseil Général de l'Isère sacrifie l'EPS sur l'autel de la crise

En 2007, quand le conseil général de l'Isère a pris la décision de construire seul les équipements sportifs des collèges (dont il a la compétence), le SNEP et la profession ont applaudi. Les enquêtes d'alors relevaient une situation de crise avec 25% des collèges dans l'incapacité matérielle de respecter les programmes scolaires. Ce programme de 70 millions d'euros sur 10 ans se donnait pour objectif de résorber les déficits les plus importants sur 15 à 20 projets. On allait enfin pouvoir rattraper le gros du retard.
La volonté politique s'est doublée d'une nouvelle expertise technique et fonctionnelle : un référentiel, basé sur celui du SNEP, a été proposé par le Conseil Général pour construire des équipements permettant des conditions d'enseignement favorables à une EPS du 21ème siècle.

Un pas en avant, trois pas en arrière...

Après trois ans de réunions de concertation, d'écriture d'avant projets, tout s'est soudainement arrêté en juin 2010. La crise est passée par là, et le Conseil Général est revenu sur ses engagements. Ce ne sont plus 5 millions mais 2.5 qui seront affectés à la construction des futurs équipements sportifs. Le Conseil Général, rassurant, promet que le budget baisse mais que la prestation sera équivalente (sic). Petit problème selon nous : ce ne seront pas des gymnases, mais un nouveau concept de "halle", de structure très légère : des "murs" en bardage ; pas de chauffage, pas d'isolation, et un "toit" en membrane PVC souple !! Le Conseil Général a fièrement présenté sa trouvaille le 16 décembre 2010. Consternant.

Le SNEP a vivement réagi et a fait part de son analyse au conseil Général. En voici les principaux arguments :

Le premier point noir souligné est le gros problème du confort thermique.

  • Pendant un cours d’EPS, les élèves sont à l’arrêt par intermittence : explication des consignes par l’enseignant, repos, bilans, temps d’arbitrage et d’observation… Nous craignons de voir des problèmes de blessure sur des reprises d'activité après un temps d'arrêt . C'est également du temps perdu de devoir ré-échauffer les élèves plusieurs fois par séance. On peut craindre aussi des difficultés pour que les élèves s'impliquent et quittent leurs épaisseurs aux vestiaires.
  • La température ressentie de 12° n’est apparemment pas garantie dans les conditions d'implantation normales, nous posons la question des collèges qui ne sont pas en plaine, comme Allevard.
    • Le référentiel du Ministère du Budget et de l’Education Nationale stipule une température minimum de 14°C. Dans la réalité, les gymnases sont généralement chauffés à 18°C. Nous sommes donc loin du compte avec une halle.
  • Les établissements (Isle d’Abeau) qui fonctionnent actuellement dans ce type d’équipement (halles de tennis par exemple) ne peuvent y enseigner pendant la saison d’hiver car il y fait trop froid. Une température trop basse est un facteur rédhibitoire pour l'enseignement de nombreuses activités sportives scolaires.
    • Il serait aberrant d’avoir une installation inutilisable en hiver au moment où les besoins d’installations couvertes sont les plus importants.
    • A l'inverse, pendant la période chaude, nous pensons que le bâtiment non isolé subira un effet de serre proportionnel à son ensoleillement, à moins de mobiliser de la ventilation passive et active à un niveau très élevé et coûteux, comme un Bureau d'Etudes Techniques fluides le confirmera.

Le second point concerne le confort acoustique :

Le bardage ne constituant pas un piège à son, on peut anticiper un problème de confort acoustique qui deviendra insupportable pendant les activités avec ballons qui rebondissent au sol.

De même, les bâtiments dont le plafond n'est pas isolé sont assourdissants quand la pluie tombe. On ne s'entend plus et il est nécessaire de crier pour communiquer.

La troisième réserve que nous émettons concerne le risque d'une « fausse bonne idée » :

Le conseil général ne s’appuie sur aucun exemple de bâtiment existant destiné à cette même fonction. La conjecture semble risquée sur un marché de 8 bâtiments. Le SNEP craint que l’investissement dans cet équipement « innovant », mêlant des solutions techniques non éprouvées pour cet usage se révèle finalement un gouffre financier qui coûtera à terme le prix d’un gymnase.

On peut craindre aussi des problèmes de fiabilité et de mauvais vieillissement de l’équipement du fait de la piètre qualité ou de la finesse des composants, comme par exemple la membrane PVC du plafond.

La question de l’évolutivité de l’équipement se pose également : il conviendrait d'anticiper une possibilité de transformer cette halle en gymnase, mais  la transformation du bâtiment impliquerait indubitablement des surcoûts par rapport à une construction de gymnase en première intention.

En conclusion : Nous ne pouvons pas cautionner ce type de proposition à partir du moment où il présente selon nous un nombre importants de défauts fonctionnels et d'incertitudes dans la vie du bâti. Nous estimons que ce projet de halle peut convenir en appoint de gymnases existants, mais qu'il ne peut constituer la structure d'accueil de base de l'enseignement de l'EPS d'un collège tout au long de l'année. Nous continuerons de revendiquer pour notre discipline des espaces de travail fonctionnels, garantissant une bonne mise en œuvre des programmes scolaires.

Le dossier des gymnases n'est malheureusement pas le seul impacté par les revirements du Conseil Général : le "plateau type" avec anneau d'athlétisme sera désormais construit en goudron au lieu du revêtement synthétique (type Tartan) ; d'autres collèges en déficit d'installations espéraient aussi une construction complémentaire. Ce plan triennal de constructions d'équipements sportifs des collèges  est annoncé comme le dernier ; cela signifie que le conseil général n'aidera qu'en partie les futures constructions qui devront être financées principalement par les collectivités locales... C'est dire comme les projets vont avancer...

Le SNEP Isère, reconnaissant les difficultés financières des collectivités territoriales, s'insurge contre le renoncement du conseil général à construire de vrais gymnases fonctionnels prévus pour durer un siècle. Nous ne jugeons pas sérieux ce concept de bâtiment "innovant" dont la structure poteau-poutre-bardage reste sur le modèle des usines du dix-neuvième siècle, alors qu'aujourd'hui on construit des bâtiments thermiquement passifs. Il n'y a pas de règle particulière de chauffage pour l'enseignement des autres matières scolaires. Le Conseil Général envisage-t-il de baisser aussi les thermostats des salles de classes à 15°C ? Nous ne le pensons pas.
L'EPS, discipline scolaire obligatoire, paie donc une fois de plus un lourd tribut dans les choix politiques qui sont faits. Le Conseil Général de l'Isère fait le choix de laisser les élèves assis par terre dans le froid. Il fut une époque où l'éducation physique devait endurcir la jeunesse française. Les temps ont changé ; l'ambition du Conseil Général de l'Isère gagnerait à changer elle aussi, mais visiblement la jeunesse n'est pas sa priorité.

Depuis l'annonce en juin 2010, la colère gronde dans les bahuts et le Conseil Général patine dans sa communication  : il écrit en octobre dans Isère Magazine qu'il renonce à construire des "palais des Sports" "sur dimensionnés" et fera des gymnases "raisonnables"  ; des conseillers généraux annoncent que les projets de gymnases ont été arrêtés car les projets ne plaisaient pas aux enseignants d'EPS : mensonges et mauvaise foi à tous les étages !
Ces annonces délétères ajoutées aux reniements et retards successifs n'ont pas été au goût de plusieurs équipes EPS.

Ainsi, à Goncelin, les deux fédés de parents d'élèves avec les collègues de toutes les disciplines ont construit le 7 janvier 2011 un gymnase en carton symbolique, pour passer l'hiver ! Ils ont ainsi dénoncé devant les médias les conditions inadmissibles dans lesquelles se trouve l'EPS, depuis 7 ans sans équipement couvert dédié à l'EPS ! Après plusieurs projets de gymnase, tous repoussés ou annulés, la perspective d'un hangar ne passe pas.